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LP IEII

Interview de Nicole Dreyer réalisée par Edouard Laroche

Nicole Dreyer est maître de conférences associée à l’UFR Physique et Ingénierie. Ses enseignements se font principalement en gestion de projet. Elle partage à mi-temps son activité avec la société SIMPLAST, un bureau d’études et de conseil en plasturgie. Elle est actuellement co-responsable, avec Denis Hoenen, de la licence professionnelle « installation d’équipements industriels à l’international » (LP IEII), ouverte en septembre 2013 et dont elle a porté le dossier d’habilitation.

Comment cette formation a-t-elle été montée ?

La licence LP IEII a été créée sur une demande d’industriels locaux, Heuft France, Gebo-cermex, Lohr service qui ont des activités de montage des biens d’équipements chez leurs clients industriels et ceci à l’international. Les biens d’équipements sont des produits qui nécessitent une mise en place chez le client, des réglages et la formation des utilisateurs. Ces métiers existent de longue date dans les entreprises mais ne disposent pas de formation spécifique or le service au client est un axe fort de différenciation commerciale pour ces entreprises et le développement de marchés à l’export est une voie de survie pour bon nombre de PME françaises. Ces métiers de monteur extérieur, de technicien itinérant, de « commissionning », exigent un profil de technicien pluridisciplinaire : électricien, électrotechnicien, automaticien, maintenance, mécanicien, électronicien, avec un bagage interculturel afin de s’adapter à un contexte changeant et exigeant.

Ces postes sont à évolution très rapide puisque l’expérience du terrain est très formatrice. Les techniciens restent en place un certain nombre d’années puis sont recrutés par d’autres entreprises ou bien accèdent rapidement à des postes de responsabilité : d’où un besoin récurrent de recrutement de nouveaux collaborateurs.

A quels étudiants s’adresse cette formation ?

Le profil du candidat idéal à la formation est un technicien supérieur (bac + 2, L2, BTS ou DUT) avec un bon niveau de langue anglaise et une réelle motivation à bourlinguer à travers le monde. Le futur étudiant-apprenti doit acquérir une réelle autonomie en mission lors de cette année de formation.

La formation est entièrement en apprentissage. L’alternance 15j/15j des périodes en entreprise permet la formation sur les produits de l’entreprise ainsi qu’une intégration au fonctionnement et à la culture de l’entreprise. L’université assure la formation complémentaire technique selon les profils ainsi qu’une réelle formation interculturelle, de gestion et un forcing sur l’apprentissage de la langue anglaise (le double d’heures d’anglais en face à face pédagogique par rapport à une formation en licence traditionnelle). Deux périodes plus longues en entreprise, l’une de 7 semaines dès février, l’autre de 12 semaines à partir de juin sont l’occasion d’aller sur le terrain et de réaliser des missions à l’international. Les étudiants de la première promotion se sont vu confier des missions dans des pays tels que l’Espagne, l’Italie, La Belgique, la Turquie, la Pologne, l’Irlande, la Tunisie, le Maroc, le Zimbabwe, le Qatar, le Gabon,...

Comment se déroule le recrutement des étudiants ?

Pour cibler les bons profils, le recrutement des étudiants est une phase essentielle pour la formation et les partenaires industriels qui y trouvent leurs futurs collaborateurs.

Nous avons mis en place un recrutement en deux phases. Tout d’abord sur dossier (via le site ARIA, ouverture cette année dès le 2 février), puis les meilleurs profils sont convoqués à 2 sessions de « job dating » qui permettent un réel recrutement : l’une début mai, l’autre début juin. Les candidats ont 6 ou 7 entretiens d’un quart d’heure devant un jury mixte composé d’un industriel et d’un enseignant de la formation. Puis à l’issue des entretiens, l’ensemble des 6 ou 7 jurys se réunit pour décider des admissions. La formation accepte au maximum 20 étudiants-apprentis. Comme toute formation diplômante de l’université, elle est également ouverte aux VAE.

Quelles actions sont menées pour faire connaitre cette formation ?

Cette formation est unique en France. En effet, le métier existe depuis longtemps mais il n’avait pas de formation dédiée jusqu’à présent. Il faut donc faire connaître le métier en même temps que la formation auprès des étudiants. Elle exige des profils qui sont difficiles à trouver : les jeunes issus de formations techniques qui maîtrisent l’anglais ne sont pas légion et l’apprentissage est une formation exigeante qui décourage certains. Le choix de vie avec des déplacements fréquents mérite aussi une réflexion, qui en a découragé certains.

Cependant, il s’agit de métiers bien rémunérés avec des primes, des avantages fiscaux et une progression très rapide. L’apprentissage est un réel pied à l’étrier pour l’emploi puisque les entreprises investissent encore plus lourdement dans la formation de leurs futurs collaborateurs en finançant les déplacements de l’apprenti en doublon avec son tuteur lors des missions à l’étranger, et embauchent à l’issue de la formation.

De quels soutiens cette nouvelle formation a-t-elle bénéficié ?

La formation a été soutenue par un petit groupe d’entreprises locales exportatrices, les syndicats de branche, tels l’UIMM (union des industries et des métiers de l’industrie et de la métallurgie), la CGI (confédération française du commerce de gros et international), les OPCA (organismes paritaires collecteurs agréés). De plus, nous avons été reçus et aidés par la CCI (chambre de commerce et d’industrie), qui nous a ouvert son fichier d’entreprises et CCI export qui a fait connaître à son réseau cette nouvelle formation.

La formation a été soutenue financièrement par deux partenaires : Heuft France et Manpower.

La création et la réalisation de supports de communication ont été financées à l’occasion du tout premier mécénat de compétence, signé par la société Heuft auprès de la fondation de l’Université. Il s’est agi de la mise à disposition d’un chargé de communication pendant une période de 6 mois qui s’est prolongée par un CDD au sein de la composante. Cette personne, Florent Grandazzi, a démarché les entreprises et a présenté la formation dans les lycées, IUT et dans les salons, en complément des actions réalisées par les enseignants, la cellule communication et le service stages et insertion professionnelle de l’UFR Physique et Ingénierie.

Nous avons également présenté la formation aux institutions régionales en rapport avec l’enseignement supérieur, l’apprentissage et l’export. Nous maintenons ces relations, par exemple à l’occasion de manifestations telles que les trophées de l’export, organisés par la CCI Alsace, afin d’entretenir les contacts avec les entreprises.

Les étudiants sont eux aussi les premiers porteurs de leur formation. Ils sont présents dans leurs lycées et IUT, lors des JU et portes ouvertes pour représenter la formation.

La formation est également accessible en formation continue, le SFC la propose dans son catalogue destiné aux professionnels.

Comment se passe la recherche d’entreprise pour l’alternance ?

Pour cette formation il faut donc un étudiant et une entreprise qui se font confiance pour signer un contrat d’apprentissage. Les candidats peuvent donc s’appuyer sur la cinquantaine d’entreprises identifiées comme ayant des activités de service à l’export par le service stage et insertion professionnelle. Mais ce n’est pas suffisant. La meilleure démarche est celle de l’apprenti lui-même qui va démarcher les entreprises du secteur d’activité qui l’intéresse et va promouvoir son projet professionnel. Il peut s’appuyer sur le soutien de Denis Hoenen et de moi-même, afin d’expliquer le contenu et les objectifs de la formation auprès de son futur recruteur.

Nous tâchons également d’associer les entreprises de façon durable à nos actions qui sont autant d’occasion de rencontres entre université et entreprise. Je pense notamment aux « job dating » bien sûr, aux conférences où l’université invite des professionnels à parler du quotidien de leur métier (généralement première semaine de janvier), de conférences autour du « lean » organisées annuellement par les étudiants de master 2 GIPI (génie industriel et production industrielle) de l’UFR, à l’opération « prêt pour l’emploi » organisée par l’Espace Avenir...

Est-ce que les diplômés trouvent facilement un emploi à l’issue de la formation ?

L’insertion est remarquable : 9 sur les 10 étudiants de la première promotion avaient une proposition d’embauche avant la fin de la formation et 9 sur 10 sont en poste actuellement (4 mois après le diplôme).

Plus personnellement, que t’apporte cette responsabilité ?

La responsabilité de monter cette formation a été l’occasion de partir d’une feuille blanche et de traduire au plus près les besoins des industriels en compétences à acquérir. Le contenu pédagogique a été monté avec la collaboration d’autres services et UFR telles que l’ITI-RI (institut de traducteurs, interprètes et de relations internationales), l’Ecole de Management de Strasbourg, la faculté de Psychologie, et a bénéficié de l’expérience des IUT. Ce côté transversal apporte une réelle richesse à la formation. J’ai pu apprécier l’implication des collègues enseignants et intervenants pour peaufiner la maquette pédagogique et constituer l’équipe pédagogique. J’ai fait également appel à un grand nombre d’intervenants extérieurs en poste dans les entreprises locales pour assurer l’aspect professionnel des enseignements. Il s’agit de la spécificité des Licences professionnelles.

Le projet a été mené dans un temps record d’un an et a suivi une validation hors procédure, jusqu’à obtention de l’habilitation. Il m’a permis de voir la complexité de la démarche administrative par le nombre d’organismes impliqués dans la formation en alternance et également d’apprécier la volonté de faire aboutir le dossier de la part de l’ensemble de ces parties prenantes, ceci malgré un contexte de restriction budgétaire. A partir du moment où la volonté de monter la formation était acquise à la présidence de l’université, le dossier a pu franchir les étapes d’approbation successives tout en intégrant les remarques constructives données.

Les démarches auprès des institutions régionales et des entreprises pour nous faire connaître ont élargi ma connaissance du tissu industriel et institutionnel local, et bien sûr les différentes composantes de l’université déjà citées mais également, spiral, l’école des langues, le SCD (service commun de documentation), et notamment l’Espace Avenir. Quelques contacts ont également été pris en Allemagne pour développer l’apprentissage transfrontalier.

Signature du tout premier mécénat de compétences entre Heuft-France et la fondation de l’Université pour la mise à disposition d’un chargé de mission communication afin de faire connaître la LP IEII. Florent Grandazzi (à gauche), avec Olivier Klotz (au centre), directeur de Heuft-France et Président du MEDEF-Alsace, ainsi que Régis Bello (à droite), premier président de la fondation Unistra.