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La réussite en L1

Jean-Pascal LAVOINE Jean-pascal LAVOINE est maître de conférences et ancien étudiant de l’UFR physique & ingénierie. Il est responsable de la licence Physique depuis cinq ans. Entretien réalisé par Édouard Laroche et Sarah Prohaska.

Quel est le taux de réussite en L1 à l’UFR physique & ingénierie ?

Pour l’année universitaire 2014-2015, au premier semestre (S1) nous avons pu constater avec Danielle RAISER (responsable pédagogique du pôle L1 sciences) les chiffres suivants : sur 170 étudiants inscrits, 67 ont été admis, 50 ajournés et 53 défaillants. Au deuxième semestre, nous avons pu compter 74 admis, 15 ajournés et 81 défaillants. Il faut savoir que sur le nombre d’inscrits, le taux de réussite est de l’ordre de 40 %. En revanche, si l’on se base sur le nombre d’étudiants ayant réellement passé les examens, ce taux grimpe à près de 60 % au S1. Le taux de défaillance est problématique car il représente environ 1/3 d’étudiants qui ne passent pas les examens. La défaillance peut s’expliquer par de multiples raisons car il suffit, en principe, de manquer une seule épreuve pour être considéré comme défaillant. Le système universitaire est compliqué et certains étudiants, par exemple, ont raté un semestre à cause du C2i car ils ne savaient pas qu’ils devaient s’inscrire en ligne eux-mêmes. Cependant, dans les matières comme les langues ou la méthodologie du travail universitaire, la notation se fait sur un rapport à rendre et donc la défaillance n’est pas due à une absence ponctuelle. Ce sont des étudiants « fantômes » qui sont défaillants dans toutes les matières et qui ne suivent pas la formation.

Comment expliquer ces chiffres ?

Le semestre 1 est spécial. L’environnement change, les étudiants se retrouvent seuls à gérer le quotidien et ils ont parfois des soucis personnels avec leur famille. L’éloignement peut être difficile à vivre. De plus, la première année universitaire demande beaucoup de travail personnel par rapport au programme de terminale. Un semestre représente 300 h de cours étendues sur 15 semaines. Il faut compter au moins 20 h de travail personnel. 34 % des étudiants travaillent entre 6 h et 10 h par semaine, 30 % travaillent entre 11 h et 15 h par semaine et 6 % travaillent plus de 15 h par semaine. Il y a un vrai problème de travail : «  ils ne savent pas ce que veut dire préparer, travailler un cours ou un TD ». Pour réussir, les étudiants doivent prendre conscience du fait qu’ils doivent acquérir de l’autonomie.

Par ailleurs, l’image de marque de l’Université est vraiment mauvaise auprès des familles ou des enseignants de lycées. L’image transmise est souvent celle de l’Université d’il y a 20 ans mais cette Université n’existe plus en sciences. Beaucoup d’étudiants viennent par défaut (sauf en double licence Physique-Sciences de la Terre ou en Cursus master en ingénierie (CMI)) après un refus en IUT ou en CPGE et parce qu’il n’y a pas de sélection à l’entrée. Le nombre de place proposée en BTS, en IUT ou en CPGE a augmenté ces dernières années, ce qui ne joue pas en notre faveur.

Comment pallier ce problème ?

De nombreuses initiatives ont été prises pour aider les étudiants en difficultés car la L1 est importante comme passage dans l’enseignement supérieur, c’est aussi une image de marque. Les étudiants parlent entre eux et il y a des retours dans les classes de terminales. Le choc du L1 doit être pris en charge correctement : « il faut faire mûrir les étudiants le plus rapidement possible, leur donner une méthodologie pour travailler, les encadrer et les guider. Notre volume horaire est faible comparé aux autres formations (IUT, GPGE). Je suis partisan de 4 h de TD supplémentaires par semaine : 2 h en mathématiques et 2 h en physique ».

Des actions ont été menées avec plus ou moins de succès. Le soutien, par exemple, a été catastrophique. Il y avait uniquement des pics de présence avant les examens. Donner des devoirs maison notés sur la base du volontariat n’est pas une solution non plus car le problème est le manque de maturité. Les permanences des enseignants référents ont rencontré peu de succès, l’an dernier. En revanche, les examens blancs fonctionnaient bien mais l’UFR n’a pas obtenu cette année les financements IDEX Réussite-Etudiante nécessaires. Les séances de révision de l’ARIANE, l’amicale des étudiants, ont un bon effectif et les échos sont positifs même s’il est encore prématuré pour en tirer des résultats. « J’y suis favorable et soutien cette initiative ». Les étudiants qui rencontrent de grosses difficultés peuvent également suivre un semestre 2 différent en se réorientant grâce au diplôme d’Université (DU) Tremplin-réussite. Cet aspect est vraiment important car une partie des étudiants réalisent au cours du premier semestre que leur image des sciences, de la physique était fausse et souhaitent se réorienter. Ce DU touche peu d’étudiants et coûte relativement cher. Cette orientation devrait davantage être réalisée au lycée. Pour finir, au moins une fois par an, il y a des réunions avec les responsables pédagogiques où sont présentés aux étudiants l’offre de formation, les débouchés,… puis les enseignants répondent aux questions. « On essaye d’augmenter les contacts ».

En ce qui concerne notre lien avec les lycées, une nouveauté apparaitra au semestre 2. L’UFR proposera des immersions. Des lycéens pourront s’inscrire à des TP depuis un site web (http://immersion-lyceen.unistra.fr/lyceen-inscription/sciences-et-technologies). Ils seront invités à des manipulations attractives de 4 h : laser en L3,… et pourront ainsi échanger avec les étudiants. Nous allons commencer avec des TP puis nous verrons si on élargit progressivement les propositions de cours. En plus de cette action, chaque année l’UFR organise une demi-journée de rencontre entre professeurs de lycée et enseignants d’Université avec la présence de l’inspecteur d’Académie. Au programme, une présentation de l’UFR, une table-ronde pour voir comment développer davantage nos échanges puis une conférence en lien avec le programme de 1re et de terminale S. Cette année, cet évènement se déroulera à Colmar avec l’UHA, le mercredi 20 janvier 2016.

Des efforts constants sont faits. L’UFR travaille avec des étudiants en difficulté mais également avec de très bons éléments qui ne seraient pas venus avant la mise en place des CMI et de la double licence. Le constat est encourageant pour ces filières d’excellence. Cette année, il y a eu 175 dossiers pour la double licence Physique-Sciences de la terre. 20 étudiants sont actuellement en L1, 20 également en L2 et il n’en reste qu’un en L3, c’était la première promotion et les autres sont partis en école d’ingénieur (« c’est très bien qu’une partie d’entre eux puisse partir en école ou ailleurs »). Ces formations sont destinées aux très bons étudiants car ils auront 50 % de travail en plus. En effet, les étudiants suivent les enseignements de la licence « classique » et font le choix d’avoir des cours supplémentaires. Ce flux d’entrée est vital. Il faut développer les filières d’excellence car elles servent de moteur et répondent à une question d’image de marque de l’Université puisqu’elles sont sélectives. « Cependant, je suis opposé à la mise en place de groupes de niveau car il ne faut pas sacrifier une promotion pour l’autre, surtout en L1 ».

Que vous apporte le fait d’être responsable de la licence Physique ?

J’ai effectué mes études à l’UFR physique & ingénierie où j’ai eu un enseignement épatant. « J’en garde un très bon souvenir ». Il y a toujours eu une bonne équipe d’enseignants à l’UFR. Cette responsabilité est un « retour d’ascenseur ». « Le contact avec les étudiant se passe bien, j’apprécie beaucoup ».

Les relations avec les collègues sont aussi très agréables. Avec le pôle L1 sciences ça se passe très bien et nous avons leur soutien qui est vital. La L1 est une année importante qui nécessite une forte organisation et il faut des collègues expérimentés qui aiment enseigner. « Les enseignants sont vraiment très impliqués et c’est très agréable de travailler avec eux ».