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Yves-André CHAPUIS

Yves-André CHAPUIS est Maître de Conférences et HDR à la Faculté de Physique et Ingénierie. Il est de retour de disponibilités à l’Université de Strasbourg après près de 7 années dans le secteur industriel des semiconducteurs au cœur de la Silicon Valley en Californie. A l’origine, il effectuait ses recherches au laboratoire ICube dans le département Electronique du Solide, Systèmes & Photonique (D-ESSP) au sein de l’équipe Matériaux pour Composants Electroniques et Photovoltaïques (MaCEPV).

En 2012, la société Hitachi Global Storage Technologies (HGST) (ex-branche d’IBM), appartenant depuis au groupe Western Digital Corporation, a sollicité Yves-André et lui a proposé un poste de research technologist en nanotechnologie dans le cadre d’un projet de recherche industriel dédié à la génération future de stockage de données sur disques durs (HDD). La société était intéressée par ses compétences acquises à Strasbourg, mais également au Japon lors d’un précèdent détachement de 4 ans au CNRS, dans les domaines de la micro- et nanofabrication, du dépôt de couches minces, et de l’interfaçage organique/inorganique de dispositifs organiques (e.g. photovoltaïque organique). L’équipe de recherche dans laquelle a travaillé Yves-André est constituée de 30 chercheurs. En 3 ans les objectifs scientifiques et industriels ont été atteints grâce à une technologie de rupture combinant procédés de lithographie classique avec des techniques d’auto-assemblage dirigé et de nano-impresssion. Un prototype HDD de capacite de stockage mémoire supérieur à 1.6 Td/in2 est publié en 2015 constituant une première mondial.

Cependant, en 2015, face à l’émergence des technologies SSDs (Solid State Drives) dans les applications mobiles (iphones, tablettes, portables, etc.), Western Digital a décidé d‘interrompre ses projets de recherche en HDD et de replacer ses chercheurs en R&D. Yves-André a alors décidé de quitter la société, puis a été rapidement recruté par la compagnie Lam Research Corporation sur un poste de senior scientist en procédés de gravure plasma. Lam Research, spécialisée dans la conception, la production et le service d’équipements de fabrication pour semiconducteurs, a fait le pari des technologies 3D pour mémoires flash. Pari gagnant puisqu’aujourd’hui la société a conquis des clients comme Samsung, Toshiba, Micron Technology, SK Hynix, et même recemment Intel. Son chiffre d’affaire a explosé et la place en 2018 deuxième sur ce marché, juste derrière Applied Materials, leader depuis des décennies.

Sur ce nouveau poste, Yves-André travaillait à l’interface entre la recherche et la productivité, c’est à dire le rapport du produit aux facteurs de production. Il était en charge, depuis la Silicon Valley, de l’élaboration et de la mise en production des procédés et des équipements de gravure plasma de matériaux diélectriques sur site (Singapour, Chine). Ainsi, il a été amené à développer, avec son équipe, les processus de production de mémoires flash à base de la technologie 3D NAND élaborées par la société Micron Technology. Cette expérience a amené Yves-André à développer de nouvelles compétences scientifiques, technologiques et de manager, mais également de découvrir le domaine incroyable de la science des données appliquée à l’industrie des semiconducteurs.

Par exemple, Yves-André a participé à plusieurs projets de traitement de données type « mégadonnées » (big data) pour l’optimisation des performances de production au sein de Lam Research. En parallèle, il a suivi une formation à l’Université de Berkeley en analytique des données (data analytics), démarche consistant à examiner des données brutes dans le but d’en révéler les relations et les structures sous-jacentes afin d’en tirer des connaissances utiles à l’action. Enthousiaste, Yves-André a choisi alors de s’investir plus pleinement dans les technologies de données et de les combiner avec ses activités de recherche en procédés et matériaux pour les semiconducteurs. Il a l’idée de développer, avec deux collègues américains, les premières fonctionnalités d’un algorithme pour sélectionner les matériaux qui conviennent le mieux aux spécifications de batteries dans le cadre d’un usage automobile. Le projet remporte un premier succès mais c’est encore insuffisant pour créer une startup tant l’environnement de la Silicon Valley est couteux et concurrentiel. C’est là que germe l’idée d’un retour académique. Ainsi, après près de 7 ans aux Etats-Unis, Yves-André a décidé de revenir à l’Université de Strasbourg pour approfondir ses connaissances en science des données et chercher à les combiner avec les recherches en cours dans les domaines des procédés et matériaux pour l’énergie (photovoltaïques, batteries, autres).

Dans les yeux d’Yves-André, la Silicon Valley a été une expérience unique : « C’est un environnement technologique passionnant et extrêmement motivant. C’est également un milieu ultra compétitif qui attire les meilleurs talents du monde et où chacun travaille sans compter (surement trop !). Cette attractivité des talents fait la force des grands groupes de la « hightech » comme Apple, Google, Facebook, Intel, et des autres sociétés de la Silicon Valley. Par exemple, à Lam Research les ingénieurs étaient à 70 % détenteurs d’un doctorat (Ph.D.), majoritairement obtenu dans une grande université américaine, ou avaient fait une expérience postdoctorale aux Etats-Unis. La grande proportion de ces docteurs était étrangère et venait des meilleures universités du monde (Inde, Chine, Europe, autres). Il s’agit d’un atout indéniable dans la guerre que se livrent les pays dans l’acquisition des talents. Pour rester dans la course, la France et l’Europe doivent renforcer l’attractivité de leurs universités et de leurs laboratoires d’excellence à l’étranger mais aussi savoir s’adapter à la demande mondiale (langue adaptée, perspective professionnelle) ! »

Interview réalisée par Edouard Laroche et Sarah Prohaska.