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Cursus Master en Ingénierie

Interview de Luc Hébrard réalisée par Edouard Laroche.

L’UFR a ouvert en septembre 2014 deux Cursus Master en Ingénierie (CMI). Nous avons interrogé Luc Hébrard, directeur adjoint de l’UFR en charge de ce dossier, pour nous éclairer sur ce sujet.

EL : L’UFR Physique & Ingénierie a ouvert en septembre 2014 deux CMI. Qu’y a-t-il derrière ce sigle ?

LH : Le Cursus Master en Ingénierie (CMI) est une nouvelle voie pour se former au métier de l’ingénieur, promue par le réseau FiGuRe (Formation à l’Ingénierie par des Universités de Recherche – http://reseau-figure.fr). Initialement constitué de 13 universités, ce réseau a proposé à la fin de l’année 2011 la création du CMI au travers de l’appel à projet IDEFI (Initiatives d’Excellence en Formations Innovantes) du Grand Emprunt de la France. Cette proposition a reçu un accueil très favorable puisqu’elle a été classée première par le jury international de l’appel IDEFI. C’est ainsi qu’est né le CMI, cursus universitaire labellisé INVESTISSEMENT D’AVENIR et reposant sur le modèle international du « Master of Engineering », modèle le plus répandu de par le monde pour les formations au métier de l’ingénieur. On trouve d’ailleurs à ce sujet, en téléchargement sur le site du réseau, un rapport très instructif de l’AERES sur la formation au métier d’ingénieur et où les principaux modèles sont comparés. Formation en 5 ans après le baccalauréat, le CMI se veut progressif et s’appuie sur un équilibre entre les fondamentaux (20%), la spécialité du Master (50%), les sciences connexes à cette spécialité (10%) et les enseignements d’ouverture sociétale, économique et culturelle (20%). Sa force est de s’appuyer sur un cursus de Licence et Master existant, et de le renforcer pour atteindre les équilibres précédents, tout en respectant un référentiel vis-à-vis du socle disciplinaire lié à la spécialité du CMI. D’autre part, le CMI se doit de respecter une charte, que tout membre signe pour faire partie du réseau. L’Unistra l’a d’ailleurs signée au printemps 2013.

EL : Quelles sont les grandes lignes de cette charte ?

LH : Cette charte définit en quelque sorte les valeurs que doit respecter le CMI, notamment un cursus cohérent et progressif sur 5 ans, conduisant l’étudiant à maîtriser une spécialité. La formation doit s’adosser à un ou plusieurs laboratoires de stature internationale qui s’engagent à s’investir dans la formation, notamment au travers d’une pédagogie par projets réalisés en lien et au sein des équipes de recherche de ces laboratoires. Cet aspect « engagement du laboratoire » est très important. Il est notamment vérifié par les experts du réseau lors de leur visite sur site avant labellisation d’un CMI. La charte stipule aussi que le CMI doit respecter les équilibres dont nous avons déjà parlé. Un fort lien avec l’industrie, en particulier au travers des stages, est exigé. Enfin la formation est sélective à l’entrée. Cette sélection ne doit pas être vue comme élitiste. Entrer dans un CMI n’est pas un concours. On sélectionne les étudiants sur la base de leur motivation et de leurs résultats scolaires afin d’évaluer leur chance de réussite dans ce cursus renforcé et donc plus exigeant que le cursus classique.

EL : L’UFR P&I a ouvert un CMI en Ingénierie des Surfaces et un autre en Micro et Nano-Electronique. Qu’est-ce qui a motivé ces ouvertures ?

LH : Ces deux spécialités de Master existaient depuis de nombreuses années à l’UFR P&I et remplissaient déjà bon nombre des critères de la charte FiGuRe. D’autre part, en adhérant au réseau FiGuRe, l’Unistra a demandé aux porteurs de projets de CMI de s’assurer que le projet ne faisait pas doublon avec une formation dans la même spécialité portée par une école d’ingénieur de l’université. C’était le cas pour ces deux formations. Enfin, la volonté des porteurs de projet a aussi été déterminante. En ce qui me concerne, je porte le projet de CMI en Micro et Nano-Electronique, et j’ai été immédiatement convaincu que le modèle proposé par le réseau FiGuRe est très pertinent. Le modèle français de formation au métier d’ingénieur, principalement basé sur les concours aux grandes écoles, est un modèle d’excellence parfaitement reconnu et qui fonctionne bien, mais il n’est pas adapté à tous les étudiants. Je suis donc convaincu que le réseau FiGuRe ouvre une nouvelle voie qui sert l’intérêt des étudiants. Mon collègue Christian Gauthier, porteur du CMI en Ingénierie des Surfaces, partage je crois la même opinion.

EL : Qu’apporte le CMI à un étudiant par rapport au cursus classique Licence + Master ?

LH : Aux étudiants qui ont les capacités, mais surtout l’ambition, la volonté et la motivation de suivre un cursus renforcé de Licence et Master, il apporte un label d’excellence national à leurs diplômes de Licence et de Master. Même si les étudiants sortant d’un Master classique se placent déjà très bien sur le marché du travail, les étudiants diplômés d’un CMI devraient pouvoir ambitionner des salaires de départ plus élevés. Par rapport au cursus classique, les cours d’ouverture sociétale, économique et culturelle sont clairement renforcés. C’est certainement un des apports les plus importants du CMI. Un niveau minium certifié en anglais est exigé pour obtenir le label. Les étudiants suivent des cours de culture générale, d’expression écrite et orale, mais aussi de connaissance de l’entreprise pour bien appréhender le fonctionnement, le financement et la création d’entreprise. Les étudiants interagissent aussi avec les laboratoires de recherche au travers des projets intégrateurs. Enfin, il faut être conscient que l’étudiant choisissant un CMI s’engage sur 5 ans pour se former au métier de l’ingénieur dans une filière donnée. Ainsi, dès la première année, des cours dans le domaine de la spécialité sont prodigués.

EL : Comment les étudiants valident-ils leur CMI ?

LH : Il n’est pas concevable de faire suivre à un étudiant un cursus exigeant de 5 années sans lui donner des repères lui permettant de progresser en confiance tout au long de la formation. Aussi, pour rester dans le cursus CMI, en fin de chaque année universitaire, l’étudiant doit avoir validé son année de Licence ou de Master classique, et obtenir la moyenne dans chacun des trois grands blocs de la formation, le bloc des fondamentaux, celui du disciplinaire et des sciences connexes, et le bloc d’ouverture sociétale, économique et culturelle. Il doit aussi valider indépendamment ses stages. Si tel est le cas, il poursuit sur le parcours renforcé de Licence et Master. Sinon, il retrouve le parcours classique. C’est en quelque sorte une sécurité pour l’étudiant et il ne faut pas le voir comme un échec, mais plutôt comme la possibilité offerte à l’étudiant de suivre une formation adaptée à ses capacités et à sa motivation.

EL : A qui conseiller ce cursus ?

LH : Je crois que tout ce qui vient d’être dit permet de comprendre que le Cursus Master en Ingénierie s’adresse à des étudiants bacheliers motivés, exigeants vis-à-vis de la formation qu’ils désirent suivre, et qui ambitionnent un poste d’ingénieur, expert dans son domaine de spécialité, et capable de prendre des responsabilités importantes.

EL : Peut-on dresser un premier bilan des deux filières CMI de l’UFR ?

LH : Au niveau de l’UFR P&I, il est difficile de dresser un bilan dès aujourd’hui. Nous n’avons qu’un semestre de recul. Néanmoins, le lancement de nos deux filières CMI a reçu un réel succès auprès des étudiants puisque 81 bacheliers ont postulé au CMI en Micro et Nano-Electronique, et 45 au CMI en Ingénierie des Surfaces. Sur 23 admis au CMI-MNE, 11 ont finalement intégré le cursus, et sur 13 admis au CMI Ingénierie des Surfaces, 5 l’ont intégré. C’est réellement un bon début sachant que le réseau FiGuRe est très jeune et que l’aventure reste à construire. Un étudiant se pose donc des questions légitimes avant de s’engager dans ce cursus. J’espère que cette interview permettra de répondre à la plupart d’entre elles. Je voudrais aussi dire que le réseau FiGuRe est passé de 13 membres en 2012 à 22 aujourd’hui. Ceci montre bien que les universités portent un réel intérêt à cette nouvelle voie de formation au métier de l’ingénieur. Aussi, je suis convaincu que le CMI a un vrai avenir et qu’il sera pérenne.

Au niveau national, dans quelques universités pionnières, à l’origine du réseau FiGuRe, des cursus de type CMI ont démarré dès 2010. Nous aurons donc très bientôt un premier bilan puisque les premiers étudiants CMI diplômés sortiront à l’été 2015. Rendez-vous donc dans quelques mois.